Jack et Leila font partie d'un groupe de militants berlinois engagés dans le mouvement propalestinien. Leur espace de contestation se resserre progressivement sous l'effet de la surveillance, des répressions policières et de la menace d'expulsion du territoire. Confrontés à ce contexte tendu, ils créent une performance inspirée du livre de Larry Mitchell Les pédales et leurs ami·es entre les révolutions, un manifeste queer utopique sous forme de fable. À mesure que leur spectacle se façonne, le texte des années 70 se confond peu à peu avec leur propre réalité.
« Les femmes fortes ont dit aux pédales qu’il fallait se rappeler deux choses importantes au sujet des révolutions à venir. La première est que nous nous ferons botter le cul. La deuxième est que nous gagnerons.
Les pédales connaissaient la première. Botter le cul des pédales est un sport traditionnel chez les hommes. Mais les pédales ne connaissaient pas la seconde. Elles n’avaient jamais envisagé de gagner jusque-là. Elles ne savaient même pas ce que gagner voulait dire. Alors elles ont interrogé les femmes fortes et les femmes fortes leur ont dit que gagner était comme survivre, mais en mieux. En écoutant les femmes fortes expliquer ce qu’était gagner, les pédales ont d’abord été surprises, puis enthousiastes. Les pédales savaient ce qu’était la survie: c’était leur quotidien depuis toujours. Gagner serait tout bonnement mieux. Et cela donnait un tout autre sens au bottage de cul. Se faire botter le cul, puis gagner, élevait toute l’entreprise révolutionnaire. »
Larry Mitchell / Les pédales et leurs ami·es entre les révolutions
« Les pédales vivent au rhythme des routines de la communauté et de la rue: visites, déjeuners dans les petits cafés, thés de fin de journée, promenades, rencontres fortuites, organisations, publications de manifestes, mise en scène de pièces de théâtre, changements d’amant, modifications des alliances et des modes de vie. Et commérages bien sûr: commérages sans fin. Elles partagent des idées changeantes sur les hommes, sur le pouvoir et sur comment le leur reprendre. Elles prennent les routines de leurs vies collectives et en font des rituels. Elles ont créé le rituel de la brève rencontre, le rituel de l’amour mourant et le rituel du scandale. Elles vivent dans un monde invisible aux hommes. »
Larry Mitchell / Les pédales et leurs ami·es entre les révolutions










